« Au maire de Beaumont »
Long poème satirique conservé par la Société historique de Lisieux sous la cote 1F800. Les photographies du manuscrit nous ont été communiquées en septembre 2026. Le destinataire est très vraisemblablement Pierre-François-Victor Follebarbe, maire et notaire de Beaumont.
Le texte constitue un instantané exceptionnel du bourg en 1841 : religion, vie quotidienne, distractions, personnalités locales et travaux municipaux. Une longue séquence ironique consacrée à l’eau pourrait viser l’aménagement du lavoir construit en 1841. Ce rapprochement est solide chronologiquement, mais reste une hypothèse à confirmer dans les archives municipales.
État du travail : édition diplomatique établie directement à partir des photographies. Les lectures incertaines sont signalées par [?] ; aucun mot douteux n’est complété arbitrairement.
Le poème, feuillet par feuillet
Lecture reprise directement sur les photographies originales. [illisible] signale un mot ou un passage que l’image ne permet pas d’établir avec assez de sûreté. Orthographe et ponctuation sont conservées autant que possible. Cette édition est évolutive.
[illisible] … dans le progrès et le crime,
Encore un peu de temps pour le désordre et l’abîme,
Où l’orgueil et l’humanité [?]
De ton nombreux public disparaîtra cette haine,
Dont l’amour a savoir [?] dans le cœur chacun,
Mais que sera-ce donc ?
Pourquoi revenir toujours, toujours au même système ?
Malheur renouvelé des malheurs de nos pères,
[illisible] Révolution !
Depuis que voici notre collège échevelé,
Comme au jour de [illisible], il traite [illisible]
D’une école d’innovation.
Le Midi est environné de sable [?] en désastre,
Mais enfin des physiciens tournent nos ministres,
La pierre a baissé le [illisible],
Mais avec Rome, mais avec qu’évoquer personne [?]
Pour soulager le Roi du poids de sa couronne,
Relais ! Relais ! qu’avons-nous fait ?
Qu’avons-nous fait, grands Dieux ? avions-nous par mégarde
Du glorieux préfet commis à notre garde ?
Peut-être allumé le courroux
Ou devions goûter le Saint Chef de Milice,
Pour surveiller là-bas Barbier et ses complices
Ne méritaient-ils plus les sous ?
Serait-il à regret que d’un sale mélange
L’église a barbouillé l’image de l’Archange,
Au frais du diable [?]
Que d’un sabot de bois nous armons la colère,
Quand le Suisse brandit sur le flot populaire
Le fer de lance des héros ?
Nous remontons tous, assez d’argent nous reste
Pour redorer nos saints, repeindre Sainte Prospère [?],
De nos deniers bénir mille [illisible] du Prince ;
Nous avons échangé nos anges de province
Contre des anges de Paris.
Plus haut l’entrée du chœur, au lieu du noir pupitre,
Où résonnaient encor [illisible], devant le chapitre,
Se groupent Chanteurs et bedeaux ;
Brille un aigle barbu sur le pupitre,
Tout honteux de porter [illisible] des nouveaux dieux
Du plain-chant dernier [illisible].
Voilà donc nos acteurs au théâtre, à la grève [?],
Didier, Desombres et le fils de Genève ?
Acteurs et demoiselles !
Les gens [illisible] qu’on l’entendait dire,
Nous prêtons beaucoup moins le prix de faire
Que l’inventeur d’un beau fauteuil.
Le théâtre est établi, ce n’est plus [illisible],
Dit encore, se moquant de sa pauvreté jolie ;
À ce temps-ci [?] je corrige les mœurs,
Au temps où nous avons rétabli la morale,
Le drame au théâtre et l’auteur à l’ouvrier [?],
Et corrigé les acteurs.
Le Midi sera moins doux aussi qu’à nos vœux ;
La petite société et de nos seigneurs [?]
La ridicule triple loterie ;
Nous fermons la prison vieille par la savane [?],
Et si le temps pouvait sur nos ponts battre,
Pour dîner Michelon à son aise.
Mais dès que dans le ciel monte la traversée brune [?],
L’astre municipal que Guillaume allume,
Dès que le crépuscule a fui,
Le cri du hibou tient la rue solitaire,
Tandis que l’atelier partage et veille
Entre l’horloge et la nuit.
Après tous ces détails dans les longueurs t’ennuie ?
Vraiment l’informe-t-il de la [illisible] de police
Nous livrant d’éternels assauts
Et si le ciel voulait sur nos têtes maudites
N’accepter à dîner que des aristocrates
Et la raison de [illisible] ?
Cependant folle, la troupe dans les chambres s’abattit [?],
Mais fait que ton peuple ne paye pas de patente ;
Peut-on pas cependant [illisible],
Aux cris la soif, à nous la bonne [illisible],
On y retrouve bien faite pour troubler la police
D’une mairie de trente milliers.
Le bruit grand ton regard s’abaisserait vers nos plateaux [?]
Où l’hiver semblait [illisible] au printemps ;
Du haut de tes nouvelles [illisible],
Et puis, triste et pensif dans la chambre d’espoir,
Ton esprit s’égarait sur le plan de Laplace
Les liens se demandaient entre eux.
D’où vient ce changement ? de la France récente [?]
Est celui qui jadis accueillait de la sorte
Beaux et vins, champagne et bière ?
La goutte naturelle abandonne notre maire ;
Pour y retrouver ces beaux soupers complets
Qui chantaient « Madame adore » ?
Pourquoi ce peuple [illisible] ? est-il homme de lettres ?
Poète des Voyages ? veut-il donc de la terre
Ne plus faire aucun grand chemin ?
Pourquoi ce jour charmant ? cette nuit, cette insomnie,
Faudrait-il pour donner carrière à son génie
Composer le genre humain ?
Au bain, entendrait-il venir l’Ange de la salle,
Porter constamment la plainte magistrale
De quelque [illisible] revenu ?
Venait-il dans ses nuits, sous le linceul d’un moine,
Longuement lui conter, fidèle sans patrimoine,
La dent d’Ambroise de Bertrand ?
Non. Et sur les rideaux quelquefois incertain,
Glissait la nuit, c’était l’ombre d’une fontaine ;
Comme un public nouveau,
Ou bien avec un petit ange charmant et diable,
Accourait applaudir à la courbe de l’étable [?]
Du plus de la ville le héros.
Quand la Reine eut donc parlé sur le tard,
Quand tout fut arrêté dans la tête profonde,
Qu’un résultat fut posé,
Pour chacun enfin ce vœu fut obligé,
Le bon Dieu dans les cieux comme Archimède :
« Je l’ai trouvé ! je l’ai trouvé ! »
« Où donc en serait le progrès de Normandie,
Quittant Londres et sa cour, accourait l’incendie [?]
Embraser les toits et [illisible] ?
Oh qu’il en souffrirait, dit-on, sous l’œil de ta femme,
On ne va pourtant réduire devant la flamme
La [illisible] de Guillaume ! »
Et voilà qu’à la voix, sous préfet, prolétaires,
Conseillers, juges, adjoints, musique, militaires,
Garde civique et son drapeau,
Voilà que sur les bourgs tout s’actionne et monte
Et qu’au premier coup du canon de fonte
Le docteur Beaumont [?] vient municipal.
La grande foule a failli pas un enfant des faubourgs,
Et son orateur n’a point été repoussé ;
Arques [?] [illisible] son discours,
Pas un seul n’a dédaigné de gagner la campagne,
N’a couru plutôt dans murs de sa boutique
L’écouter de ton discours ?
Quelques braves [illisible] de salle,
Quelques toasts jaillissant d’un cœur sans égal
Au successeur du chef d’hôtel ?
Proclamaient trois fois grand aux acclamations de la fête,
Un nom en recueillerait que le reste d’un maître,
Et dont Napoléon n’est pas le rival ?
Le jour suivant, le don d’eau sur un dos de femme [?],
Des habits que double [illisible] la limousine,
En juillet le monument [?] ;
Il l’oublie pourtant comme un ministre des hommes
Qui préfèrent les bienfaits qu’ils laissent dans Rome [?]
Écrits sur un monument.
Non ! aucun n’est-il de maire municipal !
Ce nom n’est pas de ceux qu’on inscrit sur la table,
Que la rouille du temps ternit.
Mais de nos sculpteurs, l’artiste lithographe,
Fils de notre Mayer [?] de Cizel et Givet [?],
Va te conserver son granit.
Adieu, adieu ! Messire grand saint en vieille église !
Toi qui [illisible] imprime ce que le grand repousse ;
Adieu la Magdalène en pleurs,
Adieu les bienheureux, phalange infinie,
Dont l’autel avec rempli [?] notre colonie,
Adieu le pauvre chasseur [?] !
Mieux que les lauriers militaires du temple de Mémoire,
Quatre simples fleurs soutiendront ton histoire,
Aux murailles de nos maisons ;
Détonnant la légende et les mille panaches [?],
Vers toi se tourneront nos croyances prochaines,
Nos vierges et nos garçons.
Sous les yeux d’un tableau qu’il fait son tribut [?],
Martinet l’ouvrier, son lavoir populaire,
Auprès de Bugand [?] l’Africain ;
Si Séraphin le voit sous les royaux portiques,
Attirera-t-on encore aux combats politiques
Des dignitaires de l’État ?
Le Coran sur la borne encombré de nourrices,
Ces mères évoquées de l’enfer des délices,
Surgiront au milieu des fleurs ;
Et la petite enfant sans voix et sans haleine,
Se traversera effroi, verront croquemitaine
Sous la barbe de son sapeur.
Tout Grenelle enviera ton haut fait hydraulique,
Du miracle cité dans la fable biblique,
Ton miracle sera plus fort ;
Prête à couronner ta source souterraine,
La roche le dernier flatteront incertaine [?]
Entre Moïse, Maire, et toi.
Ainsi prenant son vol du mont de Normandie,
La gloire s’étendra par le temps agrandie
Du Nord à l’Orient en feu [?] ;
Jusqu’à l’heure où de toutes les longues trompettes [?]
Le long du firmament feront sonner [illisible]
Et crachera vivant à Dieu [?].
8 janvier 1842.
H. J. [?]
Le manuscrit, dans son intégralité
Les huit photographies originales sont conservées ci-dessous. Les six vues contenant le texte sont désormais accompagnées de leur transcription de travail ci-dessus ; couverture et page de titre sont également reproduites.
État de l’édition
Document complet : 8 vues originales intégrées. Transcription : lecture diplomatique en cours ; les mots qui ne peuvent pas être lus avec certitude ne sont pas inventés. Datation : 8 janvier 1842. Destinataire : le maire de Beaumont, très vraisemblablement Pierre-François-Victor Follebarbe. Auteur : signature à établir définitivement.
Piste historique : les allusions à l’eau et aux travaux hydrauliques sont rapprochées du lavoir construit en 1841. Il s’agit d’une hypothèse de recherche, non d’un fait démontré à ce stade.
Le lavoir de 1841
Le lavoir existe toujours. L’inscription visible aujourd’hui porte « Lavoir commercial ». Sa signification historique exacte reste à documenter ; elle ne doit pas être interprétée sans source.
Approfondir
Les parties les plus techniques restent accessibles, mais ne gênent plus la lecture principale.


